Catherine Henkinet, "Oser soustraire la réalité aux images", catalogue de l'exposition Paysages/visions paradoxales, Iselp, mai 2007


À première vue, un flou cernant quelques ombres, des arbres sans doute, autre chose peut-être... Comment définir cet ailleurs?

Seul Bernard Tullen en détient la formulation initiale. En effet, ce sont bien des images puisées dans le quotidien dont il s'agit. Après les avoir extraites, une à une, du flot ininterrompu des médias, l'artiste les fige, les immortalise et arrête leur existence comme images signifiantes à un moment donné. Elles accèdent au statut d'intemporalité par leur présence forte et énigmatique. Lavées, scannées, agrandies ou rendues quasi opaques, toutes ces coupures de presse s'en trouvent distanciées et nous offrent une autre histoire, celle d'une nature encore préservée.

Les peintures densifiées par l'huile, couche après couche, nous transmettent par de subtils tons sur tons grisés, sépias,ou bistres, la substance de toute forme de représentation, leur aura.

Que ce soit à l'orée d'un bois, à la cime des sapins ou au ras des pavots, qu'importe. L'atmosphère plus que troublante, nous renvoie la réalité d'un monde où la nature se serait soustraite à l'homme et à une société, où l'image de son image serait rendue universelle. Émanant d'une brume colorée, le paysage retrouve ses droits : amener l'imaginaire à voir toujours plus loin, traverser le miroir des illusions.